Marcher et courir en main

 

        Le problème, c'est qu'à force de se servir de sa voix avec les humains, le cavalier croît la connaître. Mais son utilisation comme outil équestre est fort différente.

        La voix est l'aide la moins naturelle pour le cheval, qui ne réagira pas du tout aux mots prononcés par son cavalier tant qu'il n'aura pas eu l'occasion d'en apprendre le sens. On entend souvent dire qu'il est sensible au ton employé, mais ce n'est pas prouvé : il se pourrait bien que sa réaction soit provoquée davantage par le contexte et les gestes qui accompagnent ce ton. Car il n'y a guère de paroles apaisantes sans une attitude décontractée ; or, le cheval excelle à lire les signaux gestuels que lui envoie son cavalier.

        Pour faire de la voix une aide à part entière, mieux vaut ne pas se faire d'illusion et partir du principe que le cheval ne comprend aucun mot, qu'il ne réagit que modérément à l'intonation. A partir de là, chaque indication vocale sera choisie, enseignée et pratiquée jusqu'à ce que son sens ne fasse plus aucun doute pour le cheval.

        Pour rester pratiques, les mots doivent être bref, mais bien différenciés les uns des autres. Peu importe qu'ils veuillent ou non dire quelque chose, puisqu'ils seront enseignés au cheval pour  leur sonorité. Il est, par exemple, tout à fait possible d'utiliser des mots étrangers ou inventés s'ils sonnent mieux ou s'ils évitent de recourir à deux vocales trop proches, comme "viens" et "bien" ou "holà" et "au pas". On peut aussi travailler à l'aide de sifflements ou de bruits buccaux variés.

        Même quand le sens d'un ordre vocal est parfaitement compris, il ne comporte aucune obligation. Rien ne force notre monture à obéir, sinon l'envie d'une récompense, sa bonne volonté naturelle ou la crainte d'une intervention plus contraignante. Lorsqu'elle néglige une indication vocale, il est donc parfaitement inutile de la répéter une fois, deux fois ou dix fois, ou de crier de plus en plus fort, erreur si fréquente ! Il faut sans le moindre retard faire intervenir d'autres aides qui imposeront une obéissance immédiate. Ainsi, notre monture fera peut-être l'effort d'obéir la prochaine fois !

        Il faut donc éviter d'employer les ordres vocaux lorsqu'on n'a aucun moyen d'imposer l'obéissance ou lorsqu'il faudrait plus de deux ou trois secondes pour le faire. Par exemple, ne pas dire "galop" à un cheval au pré ou "arrêtes" à celui qui évolue en liberté à l'autre bout du manège. On courrait le gros risque de lui montrer qu'il peut désobéir.

        Même à très haut niveau, nul cavalier ne peut se permettre de mépriser la voix. Elle est, en effet, un outil d'apprentissage idéal pour l'homme comme pour sa monture.

        Sauf excès de cris, la voix est l'aide préférée des chevaux parce qu'elle provoque jamais ni peur, ni douleur, ni désagrément. C'est le plus doux des moyens de communication, aussi est-il particulièrement adapté à la sensibilité à fleur de peau de notre compagnon. En y recourant, le cavalier peut économiser ses autres aides, ce qui lui évite d'endurcir sa monture.

        Contrairement aux gestes et aux aides tactiles, la voix ne requiert aucune habileté particulière. Même un cavalier débutant peut prononcer un ordre vocal tout à fait correctement : il est donc conseillé d'y recourir chaque fois que les autres aides sont perturbées ou peu accessibles, voire simplement pour faire l'économie d'un effort musculaire. En randonnée, en horse-ball, à l'attelage, en longe, etc..., utilisez la voix.

        La voix devient un outil particulièrement intéressant lorsqu'on cherche à enseigner une nouveauté au cheval. Grâce à elle, ont peut l'aider à comprendre le but poursuivi ou à se représenter certains aspects du mouvement demandé. Par exemple, lui enseigner le départ au galop à partir du pas sera beaucoup plus rapide s'il connaît l'indication "galop". Ayant compris le but poursuivi, il ne lui reste qu'à trouver le moyen physique d'y parvenir. C'est plus facile et plus motivant !